Corps, 2005

Galerie Nathalie Gaillard, 2006

Pièces

par Lydia Harambourg 

texte paru dans La Gazette Drouot

Agnès Lévy axe son travail pictural sur le corps. Ces fragments Torse, bras, torse et sexe, oreille sont ceux d’un discours entrepris depuis plusieurs années. L’artiste présente aujourd’hui ses ceuvres récentes, dont la majorité s’inscrit autour d’un dialogue qu’elle a mené avec Rimbaud. Chez Agnès Lévy, d’une exigence absolue, il était tentant d’ affronter les mots par la couleur et le dessin. À aucun moment il ne fut question pour elle de recourir à la narration et à l’illustration, restrictives, mais bien au contraire de coller à la musique du vers, à son contenu. Le corps du texte et celui de la peinture partageaient leur vérité. Les vers de Rimbaud s’écoulent pour répondre à la vibration de la matière, de l’huile sur un papier d’Asie préparé. Le fond jaune exalte la lumière, la lumière rimbaldienne. Dans ses Torses fleurs peint d’un pinceau qui caresse la surface, c’est la sensualité de Soleil et Chair qui affleure. Agnès Lévy travaille avec un modèle, toujours le même (un danseur), avec lequel elle conduit sa quête picturale. La série lui permet une investigation qui outrepasse le réel. Le corps est celui de la poésie.

Sans tête, le buste fonctionne comme une entité dont les assemblages futurs ouvriront sur la figure humaine. Le signe, c’est ce bras pendant, isolé auquel répond le poème del’ Ouvrier. Les Illuminations sont au cœur du prisme du corps. vîes, c’est le grand papier qu’Agnès Lévy titre Royauté, où un couple, rouge, s’inscrit devant le collage d’une forêt tropicale. « Je vous indiquerais les richesses inouïes», écrit le poète. En regard de ce corps palpable se trouvent les séries du « Tilleul», des « Corbeaux», de l’« Oursin», métaphore d’un visage, ou d’ «Éternité» qui aspire à la « gloire pudique». Quant aux fleurs récurrentes, panacées fragiles et dévorantes, placées sur le torse ou dissimulant un sexe, leur corporalité emblématique parcourt la poésie de Rimbaud. Ces fleurs de chair, les lis, célèbrent la part charnelle et secrète du jeune corps tiraillé par la sexualité. Parmi ses « Pièces», délivrées en registres superposés, la répétition est un processus créatif pour épeler toujours et autrement le bras, la cuisse, l’oreille. Ces huiles sur toile abordent au pays de l’imaginaire sans rompre avec le sujet du corps, plus actuel que jamais. Agnès Lévy revendique dans sa peinture la figure humaine et le corps comme signes scripteurs.

Galerie Nathalie Gaillard, 112, avenue Kléber, XVI’. Jusqu’au 21 novembre. Parution de l’ouvrage Rimbaud, l’œuvre avec des peintures d’Agnès Lévy et des textes de Claude Jeancolas. Un second volume traite de Rimbaud, la vie, texte de Claude Jeancolas, éditions France Loisirs.

 Agnès Lévy, Corps, en relation avec Antique. Les Illuminations de Rimbaud, 2005, huile sur toile (galerie Nathalie Gaillard, Paris).

LA GAZETTE DE L’HÔTEL DROUOT – 17 NOVEMBRE 2006 – N° 40