Rimbaud, l’œuvre, 2005

Rimbaud, l’œuvre, 2005

Edition Textuel et France Loisirs, 2005

Marianne Théry

Peintures Agnès Lévy / Textes Claude Jeancolas

La visite de l’atelier d’Agnès Lévy vous laisse habité pour longtemps par l’énergie exceptionnelle de son euvre, charnelle, intense. Elle peint sur de grandes toiles ou de grandes bâches. Elle peint et dessine aussi sur papier, découpe, colle.. C’est une fabrique. Une fabrique oà la couleur est utilisée à profusion: huile, acrylique, pigments, fusain, pastel…
Son travail s’est construit autour des sujets fondamentaux de la peinture: le corps, I’animalité, le végétal, le vivant. Ses modèles, presque toujours masculins, sont des danseurs. Dans sa propension peindre des corps en chute ou sans visage, ce qui l’intéresse, c’est l’éloignement de la gravité pour s’affranchir du corps pesant, suggérant le frémissement, I’animé. Une célébration de la vie.
«Tout a commencé par une plongée dans l’euvre de Rimbaud en compagnie de Claude Jeancolas, d’une lecture attentive de ses écrits et de toutes les traces qu’il a rassemblées: photos, manuscrits, etc…
Cette immersion totale m’a conduite à revoir Pierrot le fou de Godart où Jean-Paul Belmondo déclame des vers de l’Eternité, à écouter la lecture des Illuminations par Denis Lavant; à lire aussi Yves Bonnefoy et Alain Borer… Je me suis littéralement nourrie de tout cela.
De cette lecture personnelle a émergé une richesse d’images portée par l’écriture de Rimbaud. Cest alors qu’une évidence s’est imposée: ne pas chercher à illustrer, ne pas coller aux textes de Rimbaud. En tant que peintre, j’ai le sentiment d’avoir fait corps avec l’oeuvre pour mieux la restituer du point de vue de mon propre angle pictural: le corps justement.
Le corps latent ou exprimé, toujours jeune. Des corps d’hommes, des torses, des visages. Le voyage, la marche ensuite : il me semble que le départ hante son euvre. Je le vois comme un marcheur. Enfin, la nature, colorée, lumineuse,
animale et sensuelle.
Des fragments de poème se sont imposés, point de départ de ma création, comme « fleur de chair » par exemple. C’est ainsi que j’ai choisi de scander le livre par des lys, des tilleuls, des pieds…
Ne voulant pas du tout être narrative, j’ai le sentiment de l’avoir comme suivi à distance. Respectant sa solitude. Cherchant à révéler cette solitude sacrificielle. Tracer, dessiner l’élan donné par le texte. Se rencontrer en mouvements communs, se perdre en liberté revendiquée. Ecrire, peindre, vivre. »

Propos d’Agnès Lévy, recueillis par Marianne Théry