Espace Topographie de l’Art, Paris 2019

Espace Topographie de l’Art, Paris 2019

Je me suis totalement consacrée à la peinture en 1985.
Je travaille en présence du motif, souvent à taille réelle.
Dans un premier temps, j’ai passé de nombreuses années à explorer le corps, et son intériorité, en présence de modèles choisis, souvent des danseurs, principalement masculins, sur de très grands formats, aux pastels secs, au fusain ou à l’huile sur des rouleaux de papier, des toiles ou des bâches…

Reid Hall / Tschann Libraire, Paris 2018

Reid Hall / Tschann Libraire, Paris 2018

Tschann Libraire, avec le concours de Reid Hall*, est très heureux d’accueillir jusqu’au 12 mai 2018, Agnès Lévy.
Le cadre intimiste et retiré de la grande salle de Reid Hall éclate sous les pinceaux et les brosses d’Agnès Lévy. Son travail sur les corps est connu et commenté par nombre d’écrivains ou de critiques. Gageons que cette exposition offrira à celles et ceux que l’incertaine limite entre l’animal et le végétal attire , un chemin vers sa peinture…

Reid Hall / Tschann Libraire, Paris 2018

Reid Hall / Tschann Libraire, Paris 2018

Tell me about your next exhibition. What works will be you showing?
I decided to unite several periods. The alleys of palm trees, which is the most recent work, was started in 2016, and is finished for the moment: the same landscape in different seasons, created in situ. I matched them with monotypes, embodying the logs that come from the trees of this landscape. And also using the Leporello sketchbooks, concertina sketchbooks, on which I worked in oil for several years beginning in 2010, on plants from the cactus family, Pachypodiums, and other succulents…

Reid Hall / Tschann Libraire, Paris 2018

Reid Hall / Tschann Libraire, Paris 2018

A. T. : Parle-moi de ta prochaine exposition. Quelles oeuvres vas-tu présenter ?
A. L. : J’ai décidé d’associer plusieurs périodes. Les allées de palmiers, qui est le travail le plus récent, commencé en août 2016 et terminé, pour l’instant : un même paysage, à différentes saisons, réalisé in situ. J’y associe des monotypes, réalisés à partir de bûches, issus d’arbres de ce même paysage. Et également des carnets Leporello, carnets à plis, sur lesquels j’ai travaillé à l’huile pendant plusieurs années à partir de 2010, sur des plantes de la famille des cactées, des pachypodium, et toutes sortes d’autres plantes succulentes…

Coloured Plates, 2018

Coloured Plates, 2018

Rimbaud n’a pas fait que colorier les voyelles. Dans Le Bateau ivre, les peaux sont rouges, les poteaux de couleur, l’eau verte, les vins bleus, les azurs verts, les amours rousses, les figements violets, la nuit verte, l’éveil jaune et bleu, les troupeaux glauques, les soleils d’argent, les golfes bruns, les parfums noirs, les flots bleus, les poissons d’or, les ventouses jaunes, les yeux blonds, les brumes violettes, les morves d’azur, les hippocampes noirs, les cieux ultramarins, les immobilités bleues, la flache noire.

Carnet Leporello n°18, 2017

Carnet Leporello n°18, 2017

Quatorze fois Pachypodium bispinosum comme Monet peint quatorze fois une cathédrale. Et il y a d’autres carnets, d’autres planches consacrés à cette plante ou d’autres parmi les cactées et apparentées qui, en été, bordent le balcon de l’atelier de l’artiste et le devant de sa grande baie vitrée, retournant à l’intérieur dans les coins au fond quand il ne fait plus beau. Pachypodium. Pied épais. Plus exactement, une tige qui se renfle comme une outre quand elle sort de terre pour former un réservoir d’eau que la plante renforce en faisant du bois autour de son écorce pour se protéger du milieu semi désertique et pierreux de la Province du Cap en Afrique du Sud…

Centre d’Arts Plastiques de Choisy-le-roi, 2008

Centre d’Arts Plastiques de Choisy-le-roi, 2008

Sur des bâches détrempées ou des draps teints, sur de grandes feuilles surimposées, au moyen de collages juxtaposés, Agnès Lévy a longtemps jeté ses motifs: rochers ou cactées, têtes cornues de taureau ou de gnou, fragments d’anatomie autour du sujet emblématique, corps masculin célébré à fleur de toile et de peau pour un rituel à jamais inaugural. “Pas de belle surface, sans effroi de la profondeur”, écrit Nietzsche. Dans un corps à corps énigmatique, Agnès Lévy s’emploie à ériger un ordre plastique vivifié par la couleur, rappelé au temps charnel…

Centre d’Arts Plastiques de Choisy-le-Roi, 2008

Centre d’Arts Plastiques de Choisy-le-Roi, 2008

Le fragment est au cœur de la démarche d’Agnès Lévy. Fragment du corps, fragments anatomiques – visage, membres, main, nez, oreilles, yeux -, fragment d’une possession toujours aléatoire, le face à-face est irréversible. Le sujet chute. S’emparant de l’espace, chaque motif se met en abîme. Son attente est dans le désir d’un ordre plastique.

Galerie Thierry Marchand, Paris 2008

Galerie Thierry Marchand, Paris 2008

Thierry Marchand présente “Torses”, une exposition du travail en cours d’Agnès Lévy. Ce sont des corps amples, peints sur des papiers tout à fait extraordinaires, venant de Corée. Une série de corps, sans que le haut n’apparaisse et, néanmoins, ceci explique cela, comme autant de visages ; des torses où se cristallisent à l’usage un seul noir et blanc très profond ou l’addition d’une teinte dressée à plat, « plus augustes et plus mystérieux, comme l’écrit l’auteur du Temps retrouvé, que l’empreinte laissée sur la terre par le pas d’un géant »…

Galerie Nathalie Gaillard, 2006

Galerie Nathalie Gaillard, 2006

Agnès Lévy axe son travail pictural sur le corps. Ces fragments Torse, bras, torse et sexe, oreille sont ceux d’un discours entrepris depuis plusieurs années. L’artiste présente aujourd’hui ses ceuvres récentes, dont la majorité s’inscrit autour d’un dialogue qu’elle a mené avec Rimbaud. Chez Agnès Lévy, d’une exigence absolue, il était tentant d’ affronter les mots par la couleur et le dessin. À aucun moment il ne fut question pour elle de recourir à la narration et à l’illustration, restrictives, mais bien au contraire de coller à la musique du vers, à son contenu.

Rimbaud, l’œuvre

Rimbaud, l’œuvre

La visite de l’atelier d’Agnès Lévy vous laisse habité pour longtemps par l’énergie exceptionnelle de son œuvre, charnelle, intense. Elle peint sur de grandes toiles ou de grandes bâches. Elle peint et dessine aussi sur papier, découpe, colle… C’est une fabrique. Une fabrique oà la couleur est utilisée à profusion : huile, acrylique, pigments, fusain, pastel… 

Nouveaux Regards, 2005, Entretien

Nouveaux Regards, 2005, Entretien

Nouveaux Regards : Le corps joue un rôle essentiel dans votre travail aujourd’hui. Pourquoi ce choix ?
Agnès Lévy : C’était déjà vrai hier, mais d’une autre façon. Ce qui m’intéresse, c’est effectivement de montrer les corps. Mais pas de n’importe quelle façon. Je délaisse l’aspect narratif. Je m’éloigne du récit. Même lorsque j’ai travaillé le livre sur Rimbaud, je me suis écartée de toute idée d’illustration. En réalité, le corps comme sujet de mon travail s’est imposé à moi et aujourd’hui, le corps comme sujet et comme thème me paraît absolument essentiel.